Tesla Roadster : derrière le show, des questions sans réponses

Une voiture qui roule au plafond, saute par-dessus d’autres véhicules puis retombe sur ses roues : avec son nouveau Roadster, Tesla a choisi de repousser les limites de la démonstration automobile. Le spectacle mérite que l’on s’y attarde. Mais derrière les images, je vois surtout plusieurs questions sur l’utilité de ces technologies, le calendrier du projet et la voiture qui sera finalement livrée aux clients.

J’ai roulé cinq ans en Tesla et j’ai beaucoup apprécié cette expérience. Cela ne m’empêche pas de regarder cette présentation avec un peu de recul. Entre le talent nécessaire pour organiser une telle démonstration et la pertinence d’un produit automobile, il reste en effet quelques étapes.

Un projet qui a profondément changé depuis 2017

Le premier Roadster avait ouvert la voie à Tesla avec une idée alors assez audacieuse : montrer qu’une voiture électrique pouvait être une sportive désirable. Présentée en 2017, la deuxième génération promettait d’aller beaucoup plus loin, avec des performances hors norme et une autonomie proche de 1 000 kilomètres. Sa commercialisation était annoncée pour 2020.

Les années ont passé, les échéances ont reculé et certains clients attendent toujours après avoir versé un acompte conséquent. La présentation du 15 octobre 2026 relance le projet avec un nouveau dessin et une nouvelle perspective de livraison, désormais évoquée pour 2028. La question est donc aussi celle de la continuité : la voiture attendue depuis près d’une décennie correspond-elle encore à celle qui avait suscité les réservations ?

Les courbes de 2017 ont laissé place à une carrosserie plus anguleuse, des bandeaux lumineux et des portes s’ouvrant vers le haut. On y retrouve quelque chose du Cybertruck, mais aussi d’une Lamborghini passée par le bureau de style de Tesla. Personnellement, je préférais la première proposition. Les goûts ne se discutent pas, mais ce changement illustre à quel point le projet a évolué.

Une voiture plaquée au sol par aspiration

La démonstration présente plusieurs niveaux de sophistication, d’une version de base à des déclinaisons baptisées Performance, Frost et Rocket. Toutes ne sont donc pas censées proposer les mêmes dispositifs ni accéder aux mêmes marchés.

Pour maintenir la voiture contre une surface, le principe repose sur l’extraction de l’air situé sous la carrosserie. Des ventilateurs et des jupes contribuent à créer une zone de basse pression. La différence de pression produit alors un appui qui peut, sur une installation adaptée, dépasser le poids de la voiture.

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Cette technique a des précédents. La Brabham BT46B l’utilisait déjà en Formule 1 en 1978, et la McMurtry Spéirling l’a remise en lumière avec une sportive électrique. L’intérêt est réel sur circuit, notamment lorsque l’on cherche de l’appui à basse vitesse. Sur route, les questions sont différentes : que deviennent les performances du système sur une chaussée dégradée, avec des débris, des bosses ou des jupes usées ? Le bruit et les projections doivent également être pris en compte.

L’innovation éventuelle tient donc moins à l’invention du principe qu’à son intégration dans une voiture et à la qualité de son fonctionnement. Ce travail peut être considérable, mais il mérite d’être décrit pour ce qu’il est.

Des propulseurs spectaculaires avec des contraintes concrètes

Les versions les plus démonstratives ajoutent des propulseurs à gaz froid. La poussée complète celle des moteurs électriques et permet de dépasser certaines limites imposées par l’adhérence des pneus. Les performances annoncées descendent ainsi sous la seconde pour atteindre environ 97 km/h, selon la configuration.

Les caractéristiques rapportées lors de la présentation évoquent cependant des réserves de gaz volumineuses, une pression très élevée et une durée de poussée limitée à quelques secondes. Reconstituer cette réserve prendrait plusieurs heures. On comprend alors que l’exercice ne consiste pas à répéter indéfiniment des départs de fusée à chaque feu rouge.

La déclinaison Rocket irait encore plus loin avec des propulseurs supplémentaires et un réservoir occupant l’espace du passager. Elle deviendrait une monoplace destinée à un usage très particulier, en dehors de la route ouverte. La sécurité des personnes à proximité, le comportement en cas d’accident et les contraintes d’homologation constituent autant de sujets que la vidéo de démonstration ne suffit pas à régler.

Quant à parler de voiture volante, le terme me paraît excessif. Effectuer un bond contrôlé pendant quelques secondes ne donne pas à une automobile les capacités d’un aéronef capable de transporter ses occupants sur une véritable distance. L’exploit reste spectaculaire sans qu’il soit nécessaire de lui attribuer une autre fonction.

La sportive électrique devra aussi convaincre sans ses acrobaties

Au-delà des propulseurs, les objectifs annoncés sont ceux d’une voiture de sport : une masse inférieure à 1 700 kg, une carrosserie en carbone et une puissance très élevée. Le choix d’une propulsion interroge à une époque où beaucoup d’électriques performantes utilisent quatre roues motrices.

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L’autonomie évoquée, autour de 480 kilomètres, se situe en revanche très loin de la promesse initiale proche de 1 000 kilomètres. La recharge annoncée, jusqu’à 500 kW et environ dix minutes pour passer de 15 à 80 %, devra également être appréciée face aux performances des voitures réellement disponibles au moment de la commercialisation.

La version de base pourrait être une très bonne sportive. Mais elle arrivera sur un marché étroit, où d’autres constructeurs auront eu le temps d’installer leurs modèles. Le plaisir de conduite, la qualité de fabrication et la capacité à voyager compteront alors davantage que la réussite d’une figure aérienne.

Le vrai sujet reste la promesse faite aux clients

Comparer ce Roadster à une petite Citroën électrique n’aide guère à comprendre son intérêt. Les budgets, les usages et les clientèles sont trop éloignés. Une voiture populaire peut avoir une portée industrielle bien supérieure à celle d’un coupé de prestige sans proposer la moindre prouesse de ce genre.

Le calendrier me paraît beaucoup plus pertinent. Après les reports successifs, une nouvelle échéance ne suffit pas à rassurer ceux qui attendent depuis 2017. Ils ont besoin de connaître le produit final, son prix, ses conditions d’utilisation et la réalité de sa livraison.

Tesla a réussi à relancer la conversation autour de sa marque et à produire des images que personne n’oubliera rapidement. Je lui reconnais volontiers ce talent. Reste à transformer cette capacité à faire rêver en une voiture que l’on peut acheter, recevoir et utiliser. C’est là que le Roadster sera véritablement jugé.

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